Marie Cammal

 

Nous avons rencontré Marie Cammal et l’association Sok Sabay un peu par hasard, invités par les marraines d’enfants hébergés à Sok Sabay, lors de notre premier séjour à Phnom Penh. Et puis nous sommes restés en contact, et sommes revenus passer une journée avec Marie et “ses” enfants avant de quitter le Cambodge.

Marie Cammal a créé l’association Sok Sabay en 1997, il y a 15 ans. Comme souvent dans nos coups de cœur, nous avons été impressionnés par une personne extraordinaire qui apporte un petit brin d’espoir et un confort moral et physique pour quelques enfants, héritiers malheureux d’une histoire triste, celle du Cambodge.

Comment aider Marie et les enfants ?
– Contacter Marie pour savoir comment aider au mieux l’association
– En envoyant des dons

Contact
– Sok Sabay
BP 427
Phnom Penh, Cambodge
– Email : contact.soksabay@gmail.com
– Site internet : http://www.soksabay.com/

Voici l’article écrit par Catherine Durand dans le magazine Marie Claire et qui nous a beaucoup touchés.
Nous avons envie que vous le lisiez pour mieux comprendre l’association Sok Sabay et mieux connaître Marie Cammal.

 

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Un jour, elles ont dit non à la barbarie, celle qui jette les enfants à la rue, les enferme dans des bordels, les embrigade dans des guerres. Partout sur la planète, ces femmes se battent, seules, avec leur cœur et de toutes leurs forces, pour sauver des enfants en danger. Parce que leur combat vient à bout de tous les fatalismes, Marie Claire a décidé de les soutenir. Pendant six mois, notre opération Espoir vous fera découvrir le quotidien de ces femmes exceptionnelles. Comme Marie Cammal, une infirmière française qui élève, dans le centre qu’elle a créé, des fillettes cambodgiennes arrachées à la prostitution. Lisez, vous aurez envie de l’aider. Parce qu’elle change les larmes en sourires.

” Je n’avais pas le choix. Je suis pauvre, je n’avais pas le choix “, répète Phal Sopheap aux assistantes sociales de ce refuge pour femmes battues, à Phnom Penh. Le matin même, des militantes de la Licadho (Ligue cambodgienne des droits de l’homme) ont fait une descente dans le bordel où elle se prostituait, et libéré deux gamines – Mom, douze ans et Srei Neth, quatorze ans, sa propre fille, dont Phal s’apprêtait à vendre la virginité au client le plus offrant.
Longs cheveux noirs, visage rond, Srei Neth n’aura pas un regard pour sa mère qui, en larmes, raconte sa vie, pavée de souffrances. Collée contre Marie, elle la supplie dans un murmure : ” S’il te plait, emmène-moi, je ne veux pas rester avec ma mère, elle va me vendre… ” Accrochées l’une à l’autre, c’est sans se retourner que les deux jeunes rescapées quittent le refuge. Ce soir, elles dormiront au centre Sok Sabay – ” bienvenue ” en khmer – dans un lit douillet, les bras serrés autour de leur poupée. ” Une poupée à choyer, une confidente à aimer, c’est la première chose que je donne à ces gamines dont on a volé l’enfance “, explique Marie Cammal. Cette infirmière française a ouvert le centre Sok Sabay en septembre 1997. Une vaste maison dans les faubourgs de Phnom Penh.

Au premier étage, des petites filles studieuses révisent leur leçon d’anglais. Sur la terrasse, vêtues d’un sampot de soie rouge, d’autres apprenties danseuses répètent la danse sacrée des apsaras, déesses du paradis. Dans la chaleur moite de ce dimanche après-midi, les protégées de Marie sont des gamines comme les autres qui jouent à cache-cache, se chamaillent avant de se réconcilier en berçant dans le hamac un bébé qui gazouille. Comment pourrait-on deviner les épreuves traversées par ces petites filles au sourire radieux ?
Ces trente-cinq filles âgées de six à dix-huit ans ont été confiées, au fil des années, à Marie par les services sociaux khmers. Toutes arrivées des bordels, sur le point d’être vendues à une mère maquerelle, victimes d’inceste ou, comme ces cinq sœurs – rebaptisées Sol, Fa, Mi, Ré et Do – torturées par leur père, un ancien khmer rouge. Sans oublier trois nouveaux pensionnaires, trois bébés, sauvés in extremis des griffes d’une marâtre ou du trafic illégal de l’adoption. ” Ce sont des enfants brisés que l’on remet debout, dit Marie. Elles arrivent prostrées, dépressives, abîmées par les MST chroniques. Elles partagent leurs secrets avec leurs copines et vont mettre des mois avant de sourire, parfois un an ou deux avant de me confier les sévices subis. J’applique les principes bouddhistes que sont la compassion et le respect. Quand je les entends rire et chanter, je sais que c’est gagné “.
Dans l’enfer des bordels
C’est en s’occupant d’enfants dans les camps de réfugiés khmers à la frontière thaïlandaise, en 1981, que Marie a découvert qu’elle avait ce don de réparer des petits êtres malmenés. Entre elle et l’Asie, c’est une vieille histoire où se mêlent les larmes, l’amour et les miracles. (…). En poste au Cambodge pour diverses organisations non gouvernementales, elle croise un jour, dans l’orphelinat des petites sœurs de mère Teresa, le regard d’un bébé bien mal en point. ” J’ai tout de suite que c’était ma fille. J’ai adopté Sophie en 1992, et deux ans plus tard, à la recherche de ses origines dans son village natal, j’ai découvert qu’elle avait un demi-frère, élevé par leur cousine orpheline, Sophan, une petite Cosette de treize ans, maltraitée et abusée par ses patrons. Croyant bien faire, j’ai placé la petite Sophian dans un orphelinat à Takro, et ma sœur l’a parrainée par l’intermédiaire d’une association française reconnue “.
De retour de France, huit mois plus tard, Marie découvre avec horreur que Sophan, loin d’avoir été protégée, a été violée et vendue par son oncle à un bordel de Phnom Penh. Le visage de cette petite fille au sourire lumineux hante ses nuits. Rongée par l’angoisse, Marie va pendant quatre ans écumer les maisons de passe sordides, les bars karaoké et les clubs pour touristes sexuels, accompagnée d’un travailleur social. En vain, Sophan s’est volatilisée et Marie a plongé dans l’enfer. ” J’ai vu des gosses que l’on rouait à coups de fil barbelé ou de chocs électriques, obligées de faire vingt à vingt-cinq passes par jour. Un jour, ligotées à leur lit, des gamines ont brûlé vives quand leur baraque a pris feu. J’était anéantie “.
Détruit par la folie meurtrière des khmers rouges qui fit 2 millions de morts, le ” pays du Sourire ” est économiquement exsangue. C’est aussi le nouvel eldorado des pédophiles et des amateurs de tourisme sexuel qui profitent de l’anarchie de la corruption. Des Occidentaux se paient sans complexe des prostituées mineures dans des bordels qui appartiennent à des militaires de haut rang. En virée le week-end dans des casinos, des Chinois de Taïwan et de Chine populaire s’offrent de jeunes vierges dont la pureté sexuelle est censée leur assurer prospérité et longévité. Il y aurait, selon le ministère de la Condition féminine, 100 000 prostituées. Un tiers a moins de dix-huit ans et plus de la moitié est contaminée par le VIH. Comment s’étonner alors que ce petit pays de 12 millions d’habitants compte 180 000 séropositifs ?
Une bataille contre le fatalisme
Après avoir vu de près l’enfer des bordels, Marie n’a plus qu’une idée en tête : sauver ces jeunes prostituées. ” J’ai dû me battre, j’ai mis deux ans pour trouver des sponsors. Difficile de convaincre quand on est seule. Sok Sabay est une toute petite ONG. Ici, je dois batailler contre le fatalisme, l’indifférence et prendre toutes les précautions. Je m’attaque à des prédateurs sexuels. J’ai des moments de découragement. Ce sont les filles qui me regonflent quand je suis épuisée … “.
Un an après avoir ouvert son centre, alors qu’elle a perdu tout espoir de retrouver Sophan, Marie croise la route de Jacques, cet homme révolté qui, à ses risques et périls, arrache les gamines des maisons closes, est une figure locale, connue sous le nom du ” chevalier des petites fleurs “. Il accepte sans hésiter cette nouvelle mission : ” Marie m’avait donné la photo de Sophan, je savais donc qu’elle avait une cicatrice sur la joue droite. J’ai écumé les bordels le matin, avant que les filles ne se fardent avec une épaisse poudre blanche. Je l’ai localisée au bout de quelques jours, à Sihanoukville “.
Marie avait quitté une petite fille fragile, elle retrouve une adolescente disloquée. ” Elle a mis des mois à me parler, deux ans avant de pouvoir se regarder dans un miroir. Elle a fugué, fait quatre tentatives de suicide. Le chemin a été long et douloureux pour la tirer vers la vie. Aujourd’hui, elle n’est plus une victime, mais ma partenaire à Sok Sabay “. Sophan est devenue assistante maternelle. Elle s’occupe d’Oudom, un bébé joufflu et facétieux et joue le rôle de modèle et de confiance auprès des autres filles du centre. Un rôle qui lui tient à cœur.
Sophan a tenu à témoigner ” pour que le monde sache… “. Avec des mots simples, elle tente de décrire l’inimaginable : ” Je pouvais faire vingt passes par jour, j’avais mal, mais si je le montrais, le client se plaignait au patron qui me frappait à coups de fil barbelé. J’ai été recousue trois fois pour être vendue comme vierge. Pendant quatre ans, ma vie a été celle d’une esclave sexuelle. J’essaie d’oublier, je ne fais pas de cauchemars, pas de rêves non plus. De quoi pourrais-je bien rêver ? Je n’ai pas d’avenir puisque je vis avec le virus “.
Quitter Sok Sabay
A Sok Sabay, ces enfants meurtries réapprennent à vivre. Chaque enfant a deux marraines, une francophone et une anglophone, avec lesquelles se tissent des liens affectifs. Toutes suivent les ateliers d’informatique, de danse et de culture khmères, d’art-thérapie. Analphabètes pour la plupart, elles ont fini par intégrer avec succès l’école publique après les cours de remise à niveau dispensés au centre. ” J’ai choisi des hommes comme professeurs, afin qu’elles aient des modèles masculins positifs. Elles mettent parfois des semaines avant de ne plus trembler de peur. Une des plus jeunes, violée par un pédophile européen, hurle dès qu’elle voit un Occidental “.
Bien sûr, les échecs existent : deux adolescentes ont fugué pour se prostituer à nouveau, une mère a réussi, malgré la confidentialité du centre et les mesures de sécurité draconiennes, à contacter sa fille et à la convaincre de s’échapper… et l’a revendue sans états d’âme.
Le soir est tombé sur Phnom Penh, l’air embaume le frangipanier. Marie a réuni les ” grandes ” sur la terrasse, pour parler de leur formation qui s’achève. Bientôt, Rashana, Srei Un et Sophaien devront quitter le centre. ” Je ne me sens pas en sécurité en dehors de ces murs “, avoue Sophaien, dix-huit ans. Rashana se jette dans les bras de Marie : ” Tu es ma mère “. Les mains s’étreignent, les larmes coulent. Sophan rompt le silence : ” Après plusieurs tentatives d’évasion, j’avais renoncé. Je me suis dit que j’allais vivre toute ma vie dans les ténèbres. Et puis Marie m’a sauvée. Grâce à elle, je sais aujourd’hui ce que c’est que de vivre dans la lumière “.
Tous les prénoms ont été modifiés pour des raisons de sécurité.

Sok Sabay est une association loi 1901, elle dispose d’antennes en Belgique et à Singapour.

 

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