Jul 112011
 

Xavier ladakh3 115

Nous passons l’essentiel de ces derniers jours de tour du monde sur la route, dans une longue traversée de l’Himalaya pour rejoindre Delhi depuis Leh.

La route, ou ce qui en tient lieu, serpente de col en col, entre 4000 et 5000 mètres d’altitude. Paysages minéraux parcourus de torrents tout juste revenus de leur crue printanière. Comme tous les étés le trafic a repris pour acheminer vers le Ladakh et le Cachemire touristes et marchandises qui fourniront de quoi vivre pendant les long mois d’hiver. De temps en temps, un bref ruban asphalté, rescapé de l’hiver, offre le confort de quelques centaines de mètres sans heurts ni cahots. Les camions bariolés si typiques à l’Inde font l’essentiel du trafic. Chargés à ras bord, ils se suivent et s’entraident dans les petites et les grandes misères du trajet.

Les journées s’enchainent. Les paysages défilent sur grand écran. La voiture avance doucement, 5, 10, parfois 20 km/h, comme pour ne pas précipiter le moment du retour, ni le repousser à jamais. La route étroite et abrupte nécessite de fréquentes manœuvres, une roue dans le précipice ou une aile contre la paroi. Parfois le chauffeur échange quelques mots avec celui d’un véhicule croisé, partageant ainsi de précieuses informations sur les conditions en aval. De temps à autre, le paysage arrête de défiler. Il faut attendre que l’obstacle s’évanouisse, que par exemple un pont de fortune installé par l’armée après les dégâts de l’hiver soit réparé. Cela peut prendre 10 minutes comme deux heures durant lesquelles nous regardons des hommes et des femmes à l’aspect d’improbables ouvriers, manœuvrer et souder de grandes plaques de tôle pour refaire un tablier endommagé, avant que dans une course effrénée, de part et d’autre du pont, les véhicules se précipitent pour être les premiers à franchir l’obstacle et regagner le temps perdu. Ailleurs c’est un poste de contrôle, ils sont nombreux dans cette zone frontalière, qui force l’arrêt. Il faut alors que le chauffeur note nos numéros de passeport sur un grand registre et montre notre permis de circuler avant que nous soyons autorisés à repartir.

Dans la voiture il fait calme. Chacun a pris sa place et semble en être satisfait. Les enfants ont renoncé à leurs chamailleries habituelles et, sauf quelques ras le bol vite réprimés, semblent goûter ce moment. L’esprit vagabonde, entre contemplation du paysage, évocation des souvenirs du voyage et des plaisirs à venir au retour. L’envie vient parfois de rentrer dans l’action, de dresser des listes de choses à faire, des résolutions, des projets. Mais rien à faire! La voiture hoquette trop, de cahot en cahot pour pouvoir accrocher quoi que ce soit de tangible sur un tableau. Il faut consacrer toute son énergie mécanique pour s’arrimer à son siège, pour ne pas heurter le plafond. L’esprit peut alors repartir, libre de toute attache, en attendant l’étape.

A l’étape la séance s’arrête pour quelques heures, la retraite continue. De grandes tentes sont posées là durant les mois d’été pour accueillir les voyageurs. Pas d’internet, électricité de 19 h à 23 heures dans le meilleur des cas, rien en bref qui vienne entraver la contemplation des étoiles et la perspective d’une bonne nuit sous trois couettes lourdes et épaisses. Ici aussi la discipline se relâche. Pas de départ matinal au désespoir de notre chauffeur. Les nuits s’étirent à l’envie de chacun. J’ai même renoncé à mon rôle, devenu inutile de réveilleur et de videur de sac de couchage.

Je me réveille tôt pour profiter de ces moments, avant le lever du soleil et celui de mes étoiles. Un matin, pris d’une envie subite j’entreprends l’ascension de la montagne toute proche, sans but précis, espérant juste atteindre le prochain mamelon. La retraite continue. C’est curieux comme la marche facilite le mouvement du cerveau, il doit y avoir une dynamo dans chaque jambe qui allume la petite ampoule à chaque foulée. Régulièrement, je m’arrête et contemple le campement. A quoi bon continuer ? quel intérêt à monter puisque tout est accessible d’ici ? quel intérêt à marcher vite, à marcher tout court quand il serait si simple d’aller boire un grand thé sous la tente “parachute”. Et pourtant je continue, c’est plus fort que moi. Envie de me dépasser, de repousser mes limites, sans raison objective. Le sommet est là, mon dernier 5000 avant longtemps peut être. Effectivement, la vue est plus belle de ce coté-ci que de l’autre mais qu’importe ! Je suis juste heureux d’être ici, d’avoir repoussé la barrière des possibles, à l’image de cette année qui se termine à son point de départ.

Le dernier col vers Manali aura raison temporairement de notre retraite. Un glissement de terrain bloque une file interminable de véhicules sur un reste de route devenu impraticable. Et nous qui pensions descendre en roue libre jusqu’à Manali… La perspective de passer un long moment, peut être la nuit à 4000 mètres nous décide à partir. Nous prenons nos jambes de survie pour descendre à pieds, trouver un taxi dans la vallée, et finir cette étape. Les bagages attendront. Ils nous retrouveront finalement dans la soirée, le chauffeur encore tremblant d’avoir franchi ces quelques kilomètres de boue.

Encore une nuit de bus et une nuit d’avion avant de revenir vers la vie courante…

 

Xavier ladakh3 311

 

Xavier ladakh3 130

 

 

Xavier ladakh3 340

Xavier ladakh3 346

 

Xavier ladakh3 351

 

Xavier ladakh3 374

 

Xavier ladakh3 353

[suffusion-the-author]

[suffusion-the-author display='description']

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(required)

(required)