Dec 102010
 

RAPA NUI – ÎLE DE PÂQUES

Chili île de Pâques 4

L’île de Pâques est éloignée à presque 3 600 km du continent américain. Et les îles Marquises sont à 3 641 km !

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I. INTRODUCTION
L’île de Pâques (en espagnol Isla de Pascua, en langue rapa nui Rapa Nui «la grande rame») est une île isolée dans le sud-est de l’océan Pacifique, connue pour ses statues monumentales (les moaï) et son unique écriture océanienne, le rongorongo.

L’histoire de l’île de Pâques reste entourée d’un halo de mystères :
Q
ui sont les premiers habitants de l’île ?
D’où viennent-ils ?
Les moai ? Leur construction, pour quelles raisons ? Leur transport ?

Elle fut visitée par le premier Européen, le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen, le jour de Pâques, le 5 avril 1722, et comptait alors près de 4 000 habitants. Elle fut annexée par l’Espagne en 1770 et devint une possession chilienne en 1888.

Depuis 1995, le patrimoine de l’île est protégé et inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Des parcs ou réserves naturelles enserrent les zones des vestiges. La communauté rapanui veille jalousement sur les traces de son histoire et constitue un pouvoir parallèle au gouvernement officiel chilien.

Cette île, la plus à l’est de toute l’Océanie, est célèbre pour ses vestiges mégalithiques des Rapanui (premières civilisations pascuanes). Le patrimoine archéologique comprend presque 900 statues de pierre en basalte, les moai, de 4 m de hauteur moyenne et près de 350 terrasses empierrées au pied de ces statues, les ahu .

Île de Pâques moais

Île de Pâques moais1

Expression la plus impressionnante des croyances des anciens Rapanui, les plate-formes monumentales (ahu) s’observent tout autour de l’île, parallèlement au rivage. Longues parfois de 150 mètres, elles ont exigé le transport de centaines de mètres cubes de pierres. Des moai sont encore associés à une cinquantaine d’entre elles.
Île de Pâques moais3

 

II. GEOGRAPHIE
L’île se trouve à 3 700 km des côtes chiliennes et à 4 000 km de Tahiti, l’île habitée la plus proche étant Pitcairn à plus de 2 000 km à l’ouest.
C’est une minuscule
île volcanique qui s’est formée à partir de trois volcans. De forme triangulaire, elle fait environ 23 km dans sa plus grande dimension, et couvre 162 km2.
Les trois volcans dont elle est issue sont aujourd’hui éteints. Le Terevaka, le plus important, s’élève à 507 m au-dessus du niveau de la mer, au nord de l’île. Le Pu A Katiki, environ 400 m est à l’est de l’île de Poike. Et le volcan Rano Raraku, environ 410 m occupe la partie sud-ouest de l’île. Des lacs d’eau douce tapissent le fond des cratères.
Les flancs des volcans sont en pente douce et sont couverts d’étendues herbeuses, sauf à certains endroits, complètement érodés.
L’île n’est pas entourée par une barrière de corail. Les falaises, dont certaines atteignent près de 300 m de haut, sont directement livrées aux assauts de l’océan Pacifique.

III. HISTOIRE
L’histoire de l’île de Pâques reste entourée d’un halo de mystères. L’énigme qui hante les spécialistes est la suivante : qui sont les premiers habitants de l’île ? D’où viennent-ils ?
L’hypothèse la plus plausible laisse entendre que les premiers insulaires seraient arrivés vraisemblablement aux alentours du 8ème siècle, en provenance de Polynésie.
La tradition orale rapporte que les premiers habitants avaient à leur tête un roi appelé Hotu Matua (matua signifie “ancêtre” ou “père”). Ils auraient débarqué sur la plage d’Anakena, au nord de l’île.
En 2007, José Miguel Ramirez Aliaga, archéologue de l’université de Valparaiso, a avancé l’hypothèse selon laquelle les Polynésiens, en naviguant vers l’est auraient pu continuer vers le centre ou le sud du Chili après avoir découvert Rapa Nui. Il fonde cette idée sur le fait que les Polynésiens et de nombreux indiens sud-américains, notamment les Mapuches, partagent de nombreux traits culturels.

Île de Pâques distances

La tradition orale rapporte que les premiers habitants avaient à leur tête un roi appelé Hotu Matua. Ils auraient débarqué sur la plage d’Aneka, au nord de l’île. Hotu Matua serait arrivé vers l’an 450, mais les traces les plus anciennes attestent une présence humaine remontent à l’an 800 environ.

1. Les guerres tribales
Les premiers arrivants étaient sans doute très peu nombreux. On suppose que la population s’est rapidement développée en l’espace de quelques siècles, provoquant des tensions relatives à la répartition des ressources limitées entre les différents clans.
Une telle expansion ne pouvait pas se poursuivre à l’infini, vu l’exiguïté du territoire. De violents conflits d’ordre foncier éclatèrent dès la fin du 17ème siècle, juste avant l’arrivée des Européens. Une longue période de déclin allait suivre. Au début du 19ème siècle, on estime que l’île comptait entre 4 000 et 10 000 habitants.
La destruction des moai et des ahu est l’une des conséquences de ces guerres tribales. Des catastrophes naturelles, notamment des tremblements de terre et des tsunamis, ont sans doute également contribué au déclin de la civilisation pascuane. Tous les moai, debouts, ont été restaurés au 20ème siècle.

2. Les premiers contacts avec les Européens
En 1722, le jour de Pâques par Roggeveen.
En 1770, la deuxième incursion des Européens eut lieu lorsqu’un équipage espagnol du Pérou, sous les ordres de Don Felipe Gonzales de Haedo réclama l’île au nom de l’Espagne. A l’époque, la plupart des insulaires vivaient dans des grottes ou des haere penga (maisons en forme d’ellipse ressemblant à des bateaux renversés). Leurs seules armes étaient des couteaux d’obsidienne très affûtés. L’absence de biens et d’outils en métal laisse entendre qu’il n’y avait pas de commerce avec l’extérieur.
En 1774, le célèbre explorateur anglais James Cook mena une expédition sur Rapa Nui. Fin connaisseur des peuples des îles de la Société, de Tonga et de la Nouvelle Zélande, Cook évoqua un lien de parenté possible entre les habitants de Rapa Nui et les autres cultures du Pacifique. Il est le premier à avoir signalé la présence de moai renversés.

3. La colonisation européenne
Les premiers contacts avec le monde extérieur fut désastreux.
Au 18ème siècle, des compagnies européennes et américaines voyaient dans l’Océanie un réservoir de richesses à exploiter. Les baleiniers, puis les planteurs, mirent plus ou moins à sac les îles du Pacifique pour répondre de certaines matières premières, notamment, le sucre, le caoutchouc et le café.
Vinrent ensuite les marchands d’esclaves, qui voyaient dans ces Polynésiens une main-d’oeuvre idéale. Ils les enrôlèrent de force pour travailler dans les mines et les plantations, en Australie ou au Pérou (mine d’argent de Potosi). En 1862, des Péruviens kidnapérent environ un millier d’habitants dont le roi, pour travailler dans les gisements de guano du Pérou. 10% sont revenus sur leur terre, les 90% sont morts d’épuisement ou de maladie.
Dans le courant des années 1860, les missionnaires catholiques convertirent les quelques insulaires qui avaient survécu. L’exploitation de l’île commença en 1870, quand l’aventurier Jean-Baptiste Dutroux-Bornier introduisit le commerce de la laine à Rapa Nui. En important des moutons, il envisageait de transformer toute l’île en exploitation agricole et d’expulser les habitants vers les plantations de Tahiti. Il obligea les missionnaires, opposés à ses prétentions de souveraineté, à quitter l’île. La plupart se résignèrent à partir pour Tahiti et Mangareva, laissant une centaine de personnes derrière eux. Il régna comme un tyran sur les derniers insulaires jusqu’à ce qu’ils le tuent en 1877.

4. L’annexion par le Chili
Le Chili prît officiellement possession de l’île en 1888, après avoir combattu le Pérou et la Bolivie au cours de la guerre du Pacifique (1879-1884). Le Chili céda ensuite l’île à une grande compagnie anglaise spécialisée dans la laine. L’île devint une immense ferme vouée à l’élevage du mouton.
Le gouvernement chilien reprit le pouvoir en 1953. Les militaires prirent possession du territoire, imposant à leur tour le pouvoir. L’espoir d’une plus grande justice se fit jour avec l’arrivée d’un gouvernement civil au milieu des années 1960, mais les militaires revinrent au pouvoir après le coup d’Etat de 1973.
1967 fut une année charnière dans l’histoire de l’île car la ligne aérienne régulière avec Tahiti et Santiago permit à l’île de s’ouvrir et bénéficia aux habitants.

5. L’île de Pâques aujourd’hui
En 2008, l’île de Pâques a reçu un statut particulier. C’est désormais un territorio especial à l’intérieur du Chili, ce qui signifie que ses habitants bénéficient d’une plus grande autonomie.

IV. LES SITES ARCHEOLOGIQUES DE RAPA NUI
L’île présente de nombreux sites archéologiques sur toute sa surface. On a l’impression d’être dans un grand musée. Les célèbres statues de pierres, les moai sont le symbole le plus important. D’autres constructions ont joué un rôle capital, notamment les ahu sur lesquelles les moai étaient dressés, des mausolées en forme de pierre et des fondations de hare paenga (maisons-bateaux surmontés d’un toît de chaume).

Ahu
Pas moins de 350 ahu sont disséminés le long du littoral, au bord de criques abritées. Il existe plusieurs types de plates-formes, dont l’ahu moai, qui servait de piédestal aux moai. Ces ahu se composent de gros blocs rocheux entourés de grosses dalles verticales. La partie supérieure, destinée à supporter les statues, est composée de pierres plates.
Le côté situé vers l’intérieur des terres est légèrement en pente et est composée de pierres volcaniques polies sous forme d’un damier.
On sait peu de choses sur les cérémonies qui se déroulaient sur ces sanctuaires. Peut-être y pratiquait-on le culte des ancêtres, les moai symbolisant des ancêtres divinisés. Les ahu servaient également de sépultures et de site de crémation.

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Moai
Les moai sont tous différents, mais ils ont une structure commune. Leur base se trouve à hauteur des hanches, les bras le long du corps avec des mains composées de longs doigts sur le ventre. Les têtes sont allongées et rectangulaires : les sourcils, le nez, le menton et les lobes de l’oreille sont proéminents, tandis que les lèvres sont minces. Les lobes de l’oreille sont creusés de manière à recevoir divers ornements. Les mains, la poitrine, le nombril et les traits du visage sont nets. Les moai symbolisent essentiellement des figures masculines.

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Leur taille va de 2 à 21 m de haut. En moyenne, ils mesurent entre 5,50 et 7 m. On peut visualiser les différentes étapes du processus de fabrication des statues dans la carrière de Rano Raraku. La plupart étaient sculptés horizontalement, le visage vers le haut. Ils creusaient une tranchée autour et en-dessous du moai pour que les ouvriers puissent travailler. La statue n’était solaidaire de la roche que par le dos. Le
moai était ensuite “détaché” , puis transporté en bas de la colline, où il était placé en position verticale dans une tranchée pour que les sculpteurs puissent faire les finitions. L’outil utilisé était le toki, dont on a retrouvé des milliers d’exemplaires dans la carrière. Une fois terminé, le moai était acheminé vers un ahu, le long de la côte. On estime qu’environ 300 statues ont été déplacées de la sorte.

Pukao
La coiffe des moai n’a pas encore livré tous ses secrets. Les archéologues pensent que ces coiffes cylindriques rouges qui ornent la tête de certains moai représentent des cheveux remontés en chignon, selon une tradition qui était pratiquée aux temps anciens sur l’île. Les pukao étaient travaillé dans la carrière du petit volcan Puna Pau. Les scories volcaniques étaient en effet relativement tendres et se prêtaient à ce type de construction.

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Une soixantaine de moai étaient coiffés d’un pukao (auxquels s’ajoutent 25 autres coiffes restées dans le secteur de la carrière). On suppose que ces coiffes revêtaient une fonction esthétique. Sans doute les faisait-on rouler jusqu’à la plate-forme, où ils étaient ensuite hissés sur la tête des moai, malgré leurs poids !

V. LES MOAI
838 moai sont recensés sur l’île.
Ce sont des représentations de divinités et d’ancêtres. Chaque clan de l’île possédait les siens, disposés sur une plate-forme sacrée. Cette dernière, appelée ahu, servait également de lieu de sépulture et était toujours installée le long des côtes.
Toutes les statues ont été érigées dos à la mer et face aux maisons, en symbole de protection. Seul le site des 7 moai d’Ahu Akivi les présente face à la mer. Selon la tradition, chaque moai porte la responsabilité de la partie du monde qu’il regarde.

1. Pour sculpter les statues : des toki

Le tuf du Rano Raraku, dans lequel ont été sculptés la grande majorité des moai, contient des noyaux durs dont les Rapanui se faisaient des pics à main. Le basalte qui affleure presque partout sur l’île a aussi été utilisé pour fabriquer de tels percuteurs.
On a retrouvé des toki par milliers sur le “volcan-carrière”. En Polynésie, rien ne doit sortir d’un lieu sacré. Par ailleurs, ces outils s’usaient vite et les sculpteurs ne devaient guère se soucier de les évacuer ensuite.

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volcan Rano Raraku, également appelé carrière de moais

Près de 400 moai , complets ou non, s’observent encore dans les “carrières” du volcan. On lit souvent à leur sujet qu’ils ont été abandonnés à divers stades de fabrication. Mais alors, comment expliquer que des sculpteurs si expérimentés aient choisi des endroits comme ceux-ci ? Selon les chercheurs Michel Orliac et Nicolas Cauwe, nombre de moai du Rano Raraku n’étaient pas destinés à être transportés mais plutôt, à marquer de leur présence ce lieu sacré.

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2. Une construction maîtrisée
Un ahu est une plate-forme prenant appui sur un mur (à l’arrière) et se prolongeant à l’avant par une esplanade, où se tenaient sans doute des cérémonies.
Divers types d’ahu sont décrits. Mais beaucoup de travail restant à faire pour comprendre ces monuments, signalons simplement leur caractèes évolutif.
L’immense majorité des ahu ont été construits en bord de mer. Est-ce que parce que les embruns salés stérilisent le sol sur quelques centaines de mètres, le rendant impropre à la culture ?
Quoi qu’il en soit, leurs moai regardent vers les terres, comme s’ils veillaient sur le territoire du lignage et des descendants.

Île de Pâques moais2

La production des quelques 890 statues (moai) de l’île aurait débuté peu après l’arrivée des Polynésiens vers l’an 1000 et se serait poursuivie jusqu’au 17è siècle, avec un sommet aux 14è et 15è siècles.

3. La fabrication : un matériau de choix
Presque tous les moai ont été sculptés dans le tuf très friable du volcan Rano Raraku. Le choix de ce matériau tient à son extraordinaire maléabilité. Composé de cendres volcaniques compactées et de petits morceaux de basalte, il se prête parfaitement au travail de la pierre. Pour achever les plus grands, il fallait sûrement des semaines et des dizaines de sculpteurs.
Les moais étaient entièrement réalisés dans la carrière. Chaque détail achevé, ils partaient pour leur destination finale.

4. Le transport des moai : déplacés par une force suprême
Une fois détachée, la statue était transportée jusqu’à l’ahu qui l’attendait : son pukao arrivant depuis un autre volcan, le Puna Pau. Ce sont des colosses de 18 tonnes en moyenne qu’il fallait déplacer en terrain accidenté, sur plus de 15 km parfois !
La légende raconte que, transportés par une force suprême, le mana, ils marchaient d’eux-mêmes jusqu’à leur plate-forme. En réalité, l’opération nécessitait une quantité phénoménale de force et de temps.
Il semble que les Rapanui ne disposaient pas de suffisament de bois pour faire rouler les idoles sur des rondins. Ils les auraient plus vraisemblablement déplacées en position debout, en les tirant par à coups à l’aide de cordes végétales, vers la droite puis vers la gauche.

5. Moai Te Paro : le géant des géants
Moai Te Paro est le plus haut moai jamais érigé sur l’île. Aujourd’hui renversé, il mesurait, pukao compris, 12 mètres de haut pour un poids de 80 tonnes. Sa plate-forme, Ahu Te Pito Kura, se situe à 6 km de la carrière. D’après des estimations scientifiques, il aurait fallu un an et 30 hommes pour sculpter ce moai, 2 mois et 90 hommes pour le déplacer, et 5 mois et 90 hommes pour l’ériger sur sa plate-forme.
Une oeuvre collossale qui semble toutefois en dessous des ambitions et des capacités des Rapa Nui : c’est un moai de 21,65 mètres, appelé Te Tokanga, qui a été retrouvé en cours d’exécution dans la carrière. Une fois détaché, il aurait pesé 200 tonnes.
En 1955, Thor Heyerdahl fait relever le moai solitaire de l’Ahu Ature Huki dans la baie d’Anakena. Le colosse est érigé en dix-huit jours grâce au savoir-faire de Pedro Atan, le maire du village. Il est toujours debout aujourd’hui.

6. Evolution des moai du 7ème au 18ème siècle.
Une brutale déchéance : Au fil du temps, les réalisations furent de plus en plus stylisées et imposantes. Les Rapanui s’étaient lancés dans une course aux grandeurs censée, devant les bouleversements climatiques et la raréfaction des vivres, apaiser les dieux et les ancêtres.
Cet état de crise déclencha des guerres tribales à la fin du 18ème siècle. Les statues des clans adverses furent alors mises à bas en signe de représailles. Les rares à avoir été épargnées ont été renversées et pillées au 19ème siècle par les occidentaux. Ce n’est qu’au cours du 20ème siècle, que certaines statues furent relevées par des scientifiques ou des mécènes étrangers.

7. Tous semblables ? Non !
Les moai affichent tous un buste massif surmonté d’une tête démesurément grande. Mais au moins deux types s’observent.
Les moai des plates-formes cérémonielles (ahu) ont une tête aplatie, dans laquelles des yeux de corail pouvaient être incrustés. Ils portaient parfois une “coiffe”, le pukao.

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Ahu Tongakiri

Les moai du Rano Raraku n’ont ni pukao, ni orbites aptes à retenir des “yeux”.


VI. DES MOAI EN BOIS

Le mot rapanui moai (“figuration”) s’applique aussi aux statuettes de bois. La sculpture sur bois est l’une des expressions culturelles les plus anciennes et les plus sacrées des peuples polynésiens.
Selon eux, il s’agit du matériau qui symbolise le mieux les relations qui existent entre l’Homme et les forces surnaturelles : il relie la terre au ciel et abrite les oiseaux, messagers des dieux.
Ces sculptures diversifiées témoignent de la richesse symbolique de l’univers rapanui et elles comptent d’incontestables chefs-d’oeuvre. Même si les plus anciennes ont été recueillies au XVIIIème siècle, il en existait sans doute déjà au temps où l’on taillait des moai de pierre. Les curios fabriqués ensuite pour les Occidentaux ont préservé des traits traditionnels, mais l’exceptionnel niveau artistique qu’atteignaient les maîtres anciens a disparu avec eux.

Les moai de bois, bien que moins stéréotypés que les moai de pierre, répondent toutefois à des critères esthétiques très précis.

1. Les statuettes à caractère anthropomorphes
Elles représentant un être humain et se divisent en trois groupes distincts :
Les moai tangata
Avec leurs proportions et leur modélé naturaliste, les moais tangata représentaient peut-être des ancètres. C’est le sexe masculin qui est figuré. Même si ces statuettes, comme les moai kavakava, affichent un regard fixe et une tête parfois ornée, elles semblent plus réalistes, plus vivantes. Les oreilles, non distendues cette fois, portent un petit ornement circulaire. Représentait-on des jeunes gens ? La tradition orale ne parle pas des moai tangata. Cela dit, ces statuettes pouvaient être suspendues et des traces de vie rituelle indiquent chez les plus anciennes des manipulations répétées.
Pièces très rares, on les compte aujourd’hui sur les doigts d’une main.
Les moai kavakava
Il n’en existe plus qu’une cinquantaine. Ils seraient la représentation des akuaku (esprits). Malgré leurs côtes saillantes, leurs arcades sourcillières, pomettes et menton marqués, leur corps est sculpté avec une certaine sensualité.
La colonne vertébrale est interrompue au niveau des lombaires par un anneau identique à celui qui figure sur certains moai de pierre. C’est le symbole d’une ceinture que portaient les hauts dignitaires.Île de Pâques moai kavakava

Les moai kavakava (“figures à côtes”)
De face comme de dos, un moai kavakava fait songer à un squelette tant sa maigreur est extrême, son ossature évidente, son regard fixe.
Les moai kavakava étaient gardés dans les maisons, enveloppés dans du tapa, mais exhibés aux jours de fête -tenus en main ou portés au cou avec d’autres et s’entrechoquant pendant la danse. Les plus anciens gardent des traces de cette vie passée : patine noire et grasse, usure aux points de contact et parfois, dépôt de colorant blanc ou rouge sur certaines parties du corps.

 

 

 

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Une pièce des plus exceptionnelles :
Moai Kavakava bicéphale, collecté en 1860 par le chirurgien de marine Gilles. (exposé actuellement au Musée d’Histoire Naturelle de la Rochelle)

 

 

 

 

Les moai papa
Une dizaine d’exemplaires est connue. Le terme papa désigne la roche plate mais aussi l’élément féminin du couple primordial. Vue de côté, les moai papa sont très fins. Le modelé des masses musculaires est diffus, les seins et le nombril à peine visibles, tandis que la vulve est indiquée avec discretion. De même, le visage ne possède que peu de relief, les lèvres pincées lui donnant beaucoup de gravité. Contrairement aux moai tangata et kavakava, leurs bras sont en mouvement, orientés vers l’abdomen et le pubis. Leurs mains sont traitées comme celles des moai de pierre : doigts et ongles allongés, symbole de divinité.

2. Les statuettes à caractère zoomorphe
Les moai tangata moko (“figuration d’homme-lézard”)
Ce type de statuette, aussi appelé moko (lézard), mêle les traits d’un être humain, masculin lorsque le sexe est représenté, à ceux d’un animal associé au monde des morts puisqu’il disparaît volontiers entre les rochers.
Les moko sont sculptés en une forme courbe, souvent dans un bois sacré, le Sophora toromiro. Leur visage, anthropomorphe, est composé de deux grandes arcades sourcilières, protégeant des yeux d’os et d’obsidienne. Leur nez se termine en forme de triangle. Le haut du crâne est rebondi et peut porter un décor sculpté. Les membres antérieurs sont repliés sous l’abdomen et se termine parfois par de longs doigts courbés. Les membres postérieurs sont toujours joints. Une queue d’oiseau en éventail achève leur colonne vertébrale, symbole que l’on retrouve sur les moai tangata manu (homme oiseau). Comme les moai kavakava, ils ont des côtes et une colonne vertébrale très apparentes -et, parfois, une queue d’oiseau en éventail au niveau des reins. Le trou de suspension, quand il existe, est au milieu du dos. Ils étaient donc suspendus à l’horizontale dans les maisons ou au cou des danseurs.
Peut-être étaient-ils brandits lors de l’inauguration d’une demeure, pour en écarter les mauvais esprits.

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VII. LES RAPANUI
Rapa Nui est loin d’être un paradis terrestre … A son isolement extrême s’ajoutent des courants et des vents contraires, qui se traduisent par une faible diversité animale et végétale. De plus, aucune barrière de corail protectrice ne permet de capturer aisément les poissons. Enfin, il n’y a ni rivières, ni ruisseaux permanents.
1. Des coiffes masculines
A Rapa Nui, les poulets devaient faire partie de toute transaction ou rétribution d’importance et être appréciés au moins autant pour leurs plumes que pour leur chair lors des repas cérémoniels.
Plusieurs témoins ont souligné le goût des Rapanui pour les chapeaux ou les ont représentés portant une coife ou un bandeau garni de plumes de coq ou de poule.

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2. Quand le corps devient parure
Les anciens Rapanuis recourent aux tatouages et aux peintures corporelles. Certains d’entre eux allongent même leurs lobes d’oreilles jusqu’aux épaules en y insérant des ornements circulaires de plus en plus grands.

3. Une société organisée et hiérarchisée
Hotu Matua
, toujours selon la légende, eut six fils, entre lesquels il divisa l’île – l’aîné devenant l’ancêtre de la haute “noblesse”. Cette répartition serait à l’origine de six clans fondamentaux subdivisés en tribus, constituées elles-mêmes de lignages issus chacun d’un ancêtre.
La société rapanui offrait sans doute la structure pyramidale polynésienne : classes sociales définies, héréditaires et étanches – les savoirs de chacune ne se transmettant qu’à la descendance. Au sommet, le roi (ariki mau) était investi par les dieux du plus grand mana (puissance divine) afin de veiller sur la fertilité de l’île. Il décrétait et levait les tabous. Le peuple vivait de la terre.

4. Des dieux et des esprits en toutes choses
En Polynésie et à Rapa Nui, la division occidentale entre “profane” et “sacré” n’a pas cours. Car les dieux et les esprits (akuaku) sont partout : ciel, terre, pluie, tonnerre, plantes, animaux, pierres même. Rien n’est donc vu comme inerte ni considéré comme une “ressource à exploiter”. Les rituels à accomplir sont fréquents, à défaut de quoi l’on risque les pires malheurs, voire la mort.

Est-ce dû à l’isolement de l’île ? Les grands dieux polynésiens sont presque absents de la mythologie rapanui -même si certains sont nommés dans la généalogie de Hotu Matua. La divinité principale de Rapa Nui (au moins dans son histoire récente) et spécifique à cette île est Makamake, créateur des autres dieux et des humains, et protecteur des oiseaux migrateurs.
Quant aux moai des ahu, ils rappellent sans doute la mémoire de chefs vénérés comme des ancêtres, qui, ayant quitté le monde des humains, se sont rapprochés des dieux.

5. Insigne de pouvoir : le reimiro
Sans équivalent ailleurs en Polynésie, le reimiro (= ornement de cou en bois) est un pectoral en forme de croissant, muni de trous de suspension. Selon la légende, le roi fondateur Hotu Matua en portait six au cou, un pour chacun de ses fils. Des hommes et des femmes de puissantes familles en portaient aussi lors de fêtes.
Les reimiro comptent parmi les derniers objets à avoir été rapportés par des Européens. Etaient-ils trop sacrés pour pouvoir être échangés ?
Reimiro orné de queues de baleines ou de têtes de personnages ou de coqs.

VIII. UNE LANGUE ANCESTRALE
Le Rapanui est la langue des insulaires. Cousine lointaine du tahitien, elle est de type polynésien. Les indigènes se la transmettent de génération en génération depuis plus de 15 siècles. C’est une langue au rythme marqué et aux consonances douces. Les syllabes y sont souvent répétées, comme dans l’expression rongo rongo qui signifie écriture.
Aujourd’hui, sur les 4000 habitants de l’île, un tiers sont Chiliens et ne parle que l’espagnol. Mais les Rapa Nui se battent pour garder leur langue vivante et la faire évoluer avec la modernité.

1. Naissance du Rapanui moderne
Pendant les années 1960, l’île est incorporée à l’économie nationale chilienne (construction de l’aéroport et l’arrivée de l’administration civile chilienne). Des fonctionnaires continentaux s’installent, les mariages mixtes augmentent ainsi que les voyages vers le Chili. Le rapanui perd alors son caractère dominant.
Cette nouvelle situation facilite l’usage de l’espagnol dans les espaces communautaires. Apparaît un processus de bilinguisme, plus ou moins marqué selon l’environnement et les connaissances de chacun. Beaucoup de jeunes rapanui grandissent avec l’espagnol comme langue maternelle, parfois avec l’assentiment des parents qui veulent leur éviter les difficultés qu’eux-mêmes ont connues.

2. Une langue vivante
Malgré le fort retrait de la langue pendant la seconde moitié du 19e siècle, le rapanui reste le moyen de communication quotidien d’une grande partie de la population. La majorité des adultes issus des anciens sont bilingues, avec une prépondérance de l’espagnol dans la sphère publique et du rapanui dans la vie familiale. Par exemple, la messe catholique dominicale est dite en espagnol mais contient des passages en rapanui. Les Pascuans ont développé une forte tendance revendicative culturelle et politique. Le rapanui, caractéristique essentielle de la culture, y a tout naturellement été intégré. Il existe désormais une forte association symbolique entre langue et identité et les spécialistes estiment que la langue parvient à rester vivante.

3. Enseignement du Rapanui
En 1975, le ministère de l’Education décrète l’enseignement officiel de la langue. En 1976, le rapanui est enseigné sur l’île en premier cycle. Selon l’Université Catholique de Valparaiso, 58 % de la population scolaire parlait rapanui en 1998 contre 39% en 1979.
En 1998 l’enseignement du rapanui en mode « immersion » débute au lycée Lorenzo Baez Vega de l’île. La totalité des matières, sauf l’espagnol, y sont enseignées en rapanui. Cent élèves profitent alors de cette expérience. Tous les autres suivent des cours sur les légendes, les traditions, les jeux et la musique rapanui.
En 2004, l’Académie de la Langue Rapa Nui est créée.

4. L’alphabet Rapanui
L’aphabet rapanui compte 14 lettres . Elles se prononcent presque toutes comme en français.
A se prononce comme en français
E comme un e accent aigu
H comme un h aspiré anglais
I comme en français
K comme en français
M comme en français
N comme en français
NG comme dans “song” en anglais
O comme en français
P comme en français
R roulé sauf en début de mot
T comme en français
U comme “ou” en français
‘ son occlusif comme dans l’interjection anglaise “oh! oh”.

IX. L’HOMME OISEAU

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1. Orongo
Le village d’Orongo se situe au sud-ouest de l’île, sur le versant ouest du volcan Rano Kau.
Il regroupe une cinquantaine de maisons à l’architecture très particulière. Elles ont été construites à l’aide de fines dalles de pierre superposées.
Les Rapanui les avaient dotées d’entrées extrêmement basses et étroites où ils pénétraient en rampant.

2. Trois îlots sacrés
Depuis le site d’Orongo, les Rapanui jouissaient d’une vue imprenable sur les îlots Motu Kau Kau, Motu Iti et Motu Nui. Chaque année, les hirondelles de mer, parcouraient des centaines de miles pour venir y pondre leurs oeufs. Ce phénomène a donné naissance à la cérémonie religieuse la plus importante de l’île.

3. La cérémonie de l’homme oiseau
La cérémonie se déroulait de juillet à septembre, pendant le printemps austral, période de ponte des hirondelles de mer. Il s’agissait d’un concours dont le but était de recueillir le premier oeuf de la saison.
Les participants nageaient 2 km jusqu’à Motu Nui, dans des eaux particulièrement dangeureuses car infestées de requins. Une fois sur l’îlot, ils attendaient des semaines d’y découvrir le premier oeuf du printemps.

4. L’incarnation du Dieu Make Make
Le gagnant, où l’homme représenté par le gagnant, obtenait alors le titre d’homme-oiseau. Erigé à l’état de demi-dieu, on le disait envoyé par Make Make, la divinité suprême du panthéon rapanui. L’homme-oiseau devenait pour une année, l’interlocuteur entre les dieux et les hommes. Le site archéologique d’Orongo en possède des centaines de représentations.

X. DES PETROGLYPHES
De nombreux pictogrammes furent peints par les Rapanui dans différents endroits de l’île.
Ce sont des représentations graphiques, figuratives ou symboliques, dont il ne reste aujourd’hui que quelques exemplaires.
Les plus significatifs, aux motifs d’oiseaux, furent retrouvés au sud de l’île, dans la grotte Ana Kai Tangata.
1. Une peinture naturelle
Pour peindre leurs dessins, les Rapanui utilisaient le ki’ea : un mélange huileux, issu de la terre blanche et rouge des falaises et de la sève des plantes.
Il semble que les moais étaient également enduits de cette préparation, comme le suggère certaines traces colorées dont sont encore imprégnées plusieurs statues.
2. Des images gravées dans la pierre
Les pétroglyphes sont des gravures sur pierre. On en retrouve à différents endroits de l’île, à l’air libre. Les plus impressionnants se situent à Orongo et en face de l’ahu Tongariki. Ces derniers, les pétroglyphes de Papa Tataku Poki, sont sculptés à même le sol rocheux. Ils représentent des glyphes rapanui, des tortues, des poissons ou encore l’homme-oiseau.

XI. POURQUOI LES ARBRES ONT-ILS DISPARU ?
Selon une théorie largement diffusée, les Rapanui auraient eux-mêmes coupé et brûlé tous les arbres de l’île. Une vision farfelue selon des spécialistes. Il est illogique de supposer que les Rapanui, qui vénéraient les esprits présents en toute chose et qui étaient dotés d’une vive intelligence, aient éliminé le bois qui leur permettait de construire des bateaux pour la pêche ou pour quitter l’île au besoin …

La disparition des arbres tiendrait plus à un changement climatique dû à une activité particulièrement intense du phénomène El Niño. Ce réchauffement occasionnel des eaux du Pacifique Sud entraine une hausse des températures et, parfois, cette sécheresse que redoutent tant les Polynésiens. Au XVIIème siècle, le réchauffement des températures serait venu à bout de la forêt de Rapa Nui, d’autant que plusieurs arbres et arbustes se trouvaient à l’extrême limite sud de leur aire de distribution.
Au XIXème siècle, des dizaines de milliers de moutons , introduits pour l’élevage, achévèrent de tondre plaines et collines.
Les analyses de pollens fossiles et de milliers de charbons de bois le confirment : au temps des premiers Rapanui, l’île était couverte de forêt, mais, à partir de 1650 environ, les habitants remplacèrent le bois qui leur servait de combustible par … de l’herbe. La forêt aurait disparu en quelques décennies.

 

XII. LEXIQUE

ahu : plate-forme où est posé le moai, prenant appui sur un mur (à l’arrière) et se prolongeant à l’avant par une esplanade, où se tenaient sans doute des cérémonies. Plateforme cérémoniale accueillant les moais. Elles se situent en général sur les cotes de l’île, parallèlement au rivage. Certains ahus sont édifiés en fonction de critères astronomiques, parallèlement au coucher ou au lever du soleil lors des solstices et équinoxes. Nombres d’entre eux servaient également de lieu de sépulture. Dans d’autres régions de Polynésie, l’ahu est désigné sous le nom de marae.

akuaku : les esprits, être surnaturel, esprit de la famille ou du lignage.

Anakena : La plage d’Anakena est avec celle d’Ovahe l’une des deux véritables plages de sable de l’île. C’est là qu’aurait débarqué le premier roi de Rapa Nui, Hotu Matua. Anakena se situe au nord-est de l’île. Elle accueille l’ahu Nau Nau et ses 5 moais à pukao.

ariki mau :roi

Hopu Manu : serviteur qui nageait le premier vers Motu Nui, lors du concours de l’Homme oiseau pour recueillir chaque printemps le premier oeuf d’une hirondelle de mer.

Hotu Matua : roi de l’île

Île de Pâques : le Néerlandais Jakob Roggeveen « découvrit » l’île Rapa Nui le jour de Pâques 1722, il fut frappé par cette « île étrange peuplée de statues énigmatiques ».

Makemake : Dieu créateur des autres dieux et des humains, et protecteur des oiseaux migrateurs. C’est le plus important dieux des anciens Pascuans.

mana : puissance divine. Le mana désigne en langue rapa nui un pouvoir surnaturel et magique concentré dans certains individus. Il permettait de déplacer les statues géantes. Les insulaires rattachaient notamment cette force aux cheveux. Alors que le dernier roi de l’île mourait de la variole, les missionnaires lui coupèrent les cheveux, lui enlevant ainsi, selon les Rapa Nui, toute sa force. C’est avec ce dernier roi défunt que le mana quitta définivement l’île.

moai : statue en pierre

moai : figuration qui s’applique aussi aux statuettes de bois.

moko : lézard

Oteka : nom d’un des deux bâteaux utilisés par les immigrants polynésiens, sous la direction de Hotu Matua, pour parvenir jusqu’à l’île de Pâques.

Oua : nom du deuxième bâteau utilisé par les immigrants polynésiens dirigés par Hotu Matua, pour naviguer jusqu’à l’ile de Pâques.

Paro : nom de la statue d’une dizaine de mètres de hauteur, qui se trouve sur la plate-forme Te Pito Kura.

Pipi Horeko : petit monceau de pierres servant de limite géographique.

pukao : coiffe du moai. Gigantesque chapeau de scorie volcanique dont les Rapa Nui ornaient la tête de certains moais. La carrière de pukao, Puna Pau, se situe non loin d’Hanga Roa. D’une hauteur d’1 à 2 mètres et d’un diamètre de 2 à 3 mètres, ces cylindres pèsent entre 9 et 12 tonnes.

Rapa Nui : nom attribué à cette île. Il signifie Grande Ile.

rapanui : habitants de l’île

rapa nui : langue des rapanui

reimiro : ornement de cou en bois, Pectoral en forme de croissant, généralement porté par les ariki (les chefs).

toki : outils pour sculpter les moai

Tongakiri : l’ahu Tongariki est l’alignement de moais le plus important de l’île. Il se situe à l’extrême sud-est de l’île, au pied du Rano Raraku, la carrière de moais. Renversées par un raz-de-marée en 1960, les statues furent restaurées par un mécène japonais.

tuf du Rano Raraku : roche volcanique dans laquelle ont été sculptés la grande majorité des moai

reimiro : ornement de cou en bois

 

XIII. MUSEES EUROPEENS
1. Angleterre – Londres
British museum
Le British Museum possède l’oeuvre la plus sacrée de la culture rapa nui et la plus impressionnante d’Europe : le moai Hoa Hakananai’a.
Cette statue a été ramenée en 1868, par l’équipage du navire anglais HMS Topaze commandé par Richard Ashmore Powell, et venu sur l’Ile de Pâques pour récupérer des éléments d’art local. Son poids est estimée à 4 tonnes.
Située au village sacré d’Orongo, elle était devenue avec le temps une des statues les plus vénérées de l’Ile. Sur son dos, les Rapa Nui ont ajouté au 18e siècle des symboles sculptés, en rapport avec le culte de l’Homme oiseau, dont elle semble avoir été le point central des cérémonies.
Hoa Hakananai’a était à l’époque peinte de ki’ea (mélange huileux, issu de la terre blanche et rouge des falaises et de la sève des plantes). Son nom signifierait “Ami caché ou volé.”
Le British Museum possède une autre statue de basalte, plus petite, appelée Moai Hava.

2. Belgique – Bruxelles
Musée du Cinquantenaire

Le dieu des pêcheurs de thon, Pou Hakanononga, est la pièce maîtresse de la collection polynésienne du Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. Cette statue colossale a été ramenée avec l’autorisation du gouvernement chilien en 1935 par le navire-école Mercator.
Elle a été découverte près du village d’Hanga Roa, à moitié enterrée. Mesurant 2 mètres de haut et pesant 6 tonnes, il a fallu deux jours pour la transporter jusqu’au navire. Pou Hakanononga est d’une forme unique. Aucune autre statue de l’Ile ne lui ressemble. Son nom l’associe à un dieu alors que les autres moais semblent être pour la plupart des représentations d’ancêtres. Cela semble venir du fait que les Rapa Nui avaient constaté que la pêche au thon était meilleure lorsqu’ils s’aventuraient en mer à hauteur de cette statue.
Pou Hakanononga se dressait sur un ahu exceptionnel, carré et composé de pierres non taillées. Ce monument a été daté du XIIIe siècle grâce au carbonne 14, devenant ainsi le plus vieux (scientifiquement daté) de l’Ile.
Les Musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles possèdent une belle collection sur l’île de Pâques, la plupart réunis lors de l’expédition franco-belge de 1934-1935. Citons en particulier les statuettes en bois, appelées moai kavakava, tangata et papa.

3. France – Paris
Musée du quai Branly
La tête de moai du musée du quai Branly est accessible gratuitement depuis le jardin.
Posée sur un piédestal de 5 mètres, elle est visible de près depuis la terrasse du café Branly.
Longtemps exposée au Musée de l’Homme, elle a été ramenée en 1872 par l’amiral de La Flore : frégate française sur laquelle Pierre Loti s’était embarqué à Valparaiso. Il put ainsi visiter l’île de Pâques, les Marquises et l’archipel de la Société.

4. France – Paris
Musée du Louvre
Au cœur du musée du Louvre, le pavillon des sessions abrite 120 chefs d’œuvres sculpturaux des civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques.
Tous sont réunis autour d’une belle idée : « que les chefs-d’œuvre du monde entier naissent libres et égaux… ». Ils sont donc exposés avec le même respect et le même regard que le sont les œuvres occidentales dans le reste du musée.
Parmi eux, une tête colossale et plusieurs statuettes en bois de l’île de Pâques (moai kavakava, moia tangata, reimiro…).
Don du gouvernement chilien en 1935, la tête de moai mesure 1,70 m de hauteur. Elle représente les deux cinquièmes de la sculpture originelle, qui devait mesurer cinq mètres de hauteur.

5. Norvège – Oslo
Kon-Tiki Museum
Le Kon-Tiki Museum est une fondation privée, qui abrite la collection de bateaux et d’artefacts des expéditions de Thor Heyerdahl. Des moais de l’Ile de Pâques y sont exposés ainsi que de nombreux objets polynésiens.


XII. REFERENCES
– Exposition“Île de Pâques, le grand voyage” qui s’est tenue du 7 juin au 14 novembre 2010 à Montréal

site Rapa Nui

Guide de voyage Lonely Planet “Chili et Île de Pâques”

Canada (300)Canada (296)

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  One Response to “Rapa Nui – Île de Pâques – Isla de Pascua – Easter Island”

  1. Bravo pour le texte sur l’île de Pâques,complet et concret… Les reporters de la famille Milcent sont excellents!

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